Les arches de connaissance – PLUSIEURS MENACES PESENT SUR NOS CONNAISSANCES (3/9)

RESUME :

• Il existe au moins trois grandes catégories de menaces sur les connaissances établies : les menaces naturelles, les menaces politiques et les menaces industrielles.
• Tous les supports de connaissance sont vulnérables au passage du temps, les duplications sont donc le meilleur moyen de maintenir nos connaissances le plus longtemps possible.
• Les pouvoirs politiques sont souvent capables de recourir à la censure ou à la destruction pour détruire certaines connaissances, tandis que la multiplication des dérives autoritaires ainsi que des conflits à travers le monde rend cette éventualité de plus en plus probable.
• La préservation des connaissances touche parfois à des savoirs pouvant être perçus comme dangereux pour un pouvoir en place, notamment s’ils entrent en conflit avec des idées officielles ou s’ils consistent à rappeler l’existence d’évènements tragiques de l’histoire humaine.
• De nombreuses civilisations ont déjà disparus brutalement en laissant peu de traces, notre propre civilisation industrielle pourrait disparaître de la même façon sans crier gare.
• Notre civilisation industrielle est confrontée à des menaces inédites, telles que l’emballement climatique, la surexploitation des ressources ou encore certains développements technologiques inquiétants.
• Une nouvelle civilisation industrielle disposant d’une Science avancée aura beaucoup de mal à émerger selon notre manière de réagir aux menaces qui pèsent sur notre propre civilisation et sur nos connaissances.

Notre savoir est vulnérable aux phénomènes naturels

La connaissance est, on l’a vu, non seulement un patrimoine, mais aussi une ressource pour nos civilisations contemporaines. Toutes sortes d’obstacles ont existé et existent encore pouvant entraver la progression des connaissances, tels que le dogmatisme, la mésinformation, les biais cognitifs ou encore le concept de sens commun. Ces phénomènes de pensée ont surtout entravé le développement des sciences, mais une fois qu’une connaissance est « établie », ou même simplement formulée, sa conservation sur le long terme n’est pas totalement assurée. Les risques liés au comportement humain sont toujours présents, et par extension, les risques liés à la politique ou au fonctionnement même de la société. Ces risques peuvent prendre des formes variées tels que des conflits, des accidents industriels, de la censure, des pillages, du délaissement du patrimoine etc. Par-dessus tous ces dangers, trône également celui de la destruction involontaire de notre corpus de connaissance, que celle-ci soit ponctuelle (catastrophes naturelles ou technologiques…) ou durable (usure, corrosion, obsolescence…). En résumé, on trouve toutes sortes de risques qui peuvent représenter autant de raisons de préparer dès maintenant une mémoire épistémique en bonne et due forme. On peut classer ces risques en trois catégories principales : les risques naturels, les risques politiques et les risques industriels, que nous aborderons dans cet ordre.

En premier lieu, il faut rappeler que la connaissance peut être maintenue en étant « cristallisée » dans des supports matériels, qu’il s’agisse des preuves tangibles ou des publications que nous évoquions plus tôt. Sauf que bien entendu, ces supports sont vulnérables aux affres du temps, aux effets de l’entropie. L’usure mécanique, la corrosion, la démagnétisation, de nombreux phénomènes naturels sont capables de rendre inopérants tous nos supports électroniques de façon irréversible avec le temps. Le papier peut être dégradé par l’humidité, l’exposition à la lumière, les champignons et d’autres espèces biologiques. L’encre peut parfois même s’effacer avant que le papier ne se dégrade. Même la pierre peut subir les effets de l’entropie, via l’érosion, alors que les traces écrites les plus anciennes jamais retrouvées par les archéologues sont le plus souvent pourtant en granit, en marbre ou encore en argile. L’or, qui a la réputation d’être inoxydable, subit bel et bien les effets de la corrosion, mais seulement à un rythme beaucoup plus lent que les autres métaux. In fine donc, la copie est la seule garantie de préservation du savoir sur le long terme. La négligence ne peut pas être une option si l’on veut préserver nos connaissances le plus longtemps possible, particulièrement si celles-ci sont non-reproductibles. De nombreuses archives ont déjà disparues simplement par manque de moyens ou d’intérêt pour la préservation, qu’il s’agisse de films perdus, de logiciels obsolètes ou encore de bibliothèques laissées à l’abandon.  

Mais il y a pire, nos connaissances ne sont pas seulement menacées par l’entropie, elles le sont également par d’autres phénomènes beaucoup plus soudains, quoique plus rares. Les incendies, les séismes, les inondations, les éruptions volcaniques, les tsunamis, les ouragans, les tornades, toutes ces catastrophes peuvent détruire en l’espace de quelques instants des villes entières, des bâtiments historiques, et bien sûr, elles peuvent raser nos lieux de mémoire les plus précieux : bibliothèques, musées, laboratoires, archives et autres institutions patrimoniales. Dans le pire des cas, et bien que cela soit plus improbable, certaines catastrophes totalement imprévisibles pourraient même avoir de effets moins localisés et mener à la perte totale de notre civilisation (éruption d’un supervolcan, pandémie particulièrement virulente, chute d’astéroïde…). Si nos connaissances de la littérature grecque sont aussi parcellaires aujourd’hui, c’est parce qu’une grande partie de ce que les grecs ont écrit n’a pas survécu aux multiples incendies qui sont survenus dans les bibliothèques du monde grec, notamment celle de Pergame ainsi que celle d’Alexandrie, réputées pour avoir tenté de centraliser le plus de connaissances possibles dès cette époque. Certes, d’autres causes, humaines, ont parfois contribué aussi à ce genre de catastrophes (guerre, pyromanie, pillage…), mais le feu est un élément capricieux qui échappe vite à la main de l’Homme, et de nombreux incendies de bibliothèques, s’ils n’ont pas eu une origine complètement naturelle, ont souvent pu échapper à la volonté de ceux qui l’ont déclenché. Ce qu’il faut retenir, c’est que ce genre de phénomènes, complètement naturels ou non, sont le plus souvent accidentels, et donc, imprévisibles. Personne n’aurait pu imaginer il y a quelques années que Notre-Dame de Paris prendrait feu par exemple. Plus en amont dans le temps, personne n’avait prévu la catastrophe de l’inondation de la rivière Arno à Florence (1966), qui avait provoqué la perte de plusieurs milliers voire millions de livres anciens et uniques. Ce dernier évènement a d’ailleurs contribué à une meilleure prévention des risques dans les bibliothèques, musées et autres archives. Le fait qu’une catastrophe puisse survenir n’importe où et à n’importe quel moment devrait nous alerter sur le caractère vulnérable de nos savoirs.

Si moins d’1% des écrits des grecs anciens nous sont parvenus aujourd’hui, il n’est pas interdit de penser que dans quelques millénaires, nos descendants n’auront peut-être accès qu’à 1% de la littérature produite par notre civilisation industrielle moderne. Autant faire en sorte que ce 1% soit le plus représentatif possible de notre savoir, et faire en sorte que les 99% restant ne soient constitués que de duplicata, ou de connaissances reproductibles dont la perte n’est pas complètement irréversible. Nos archives gagneraient à exister en de multiples exemplaires, à conserver les mêmes informations sur des supports différents, et à être réparties équitablement sur la planète (voir au-delà ?), si possible dans des lieux qui sont moins susceptibles d’être touchés par des catastrophes naturelles (loin des climats secs et chaud, éloigné des failles sismiques, des côtes, des zones inondables ou encore des voies de passage classiques des tempêtes). Quant au patrimoine architectural, qui est inamovible et difficile à dupliquer, il peut être préservé sur le long terme par la mise en mémoire d’un descriptif très précis des lieux, agrémentée de représentations du monument qui soient les plus fidèles possibles (modèles 3D, photographies, cartes…). De nombreux monuments n’existent aujourd’hui plus que de cette manière, par les témoignages de leurs contemporains, permettant par chance une forme de préservation, même si incomplète : le colosse de Rhode a été détruit suite à un séisme, mais la connaissance de ce monument nous est tout de même parvenue grâce aux écrits des Anciens, qui le considérait comme une merveille mondiale, et de nombreuses tentatives de reconstitution ont été tentées grâce à cela.

La connaissance peut être muselée par un pouvoir

Il n’y a pas que la nature qui peut être une menace contre notre connaissance. Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que l’Homme est un loup pour l’Homme, qu’il peut donc se mettre des bâtons dans les roues tout seul quand il en a l’occasion. Le dogmatisme, le plus grand adversaire de la connaissance rationnelle, est un facteur important de l’évolution des Sciences, puisqu’elle peut non seulement mener à la censure et donc l’oubli, mais aussi tuer dans l’œuf des connaissances nouvelles. La communauté scientifique est parfois passé entre les mailles du filet mais cela n’a pas toujours été possible. Si ce dogmatisme est appuyé par un pouvoir politique, la recherche peut être considérablement entravée (restrictions budgétaires, mises à pied du personnel scientifique, mésinformation…) tandis que certaines connaissances bien établies (ou a minima, des hypothèses prometteuses) peuvent être rendues inaccessibles du jour au lendemain. Pour un gouvernement en place, il existe plusieurs méthodes plus ou moins radicales pour éradiquer une connaissance :

La première méthode est celle de l’appropriation exclusive par une élite. Par exemple, un pouvoir politique peut empêcher la diffusion des connaissances auprès d’un public assez large, rendre très couteux l’accès à des publications scientifiques, ou tout simplement ne pas vouloir investir dans l’éducation. Dans ce genre de situation, certains peuvent avoir accès à toutes sortes de connaissances, y compris parfois des connaissances taboues, mais seulement un nombre restreint de personnes. Certaines connaissances deviennent ainsi plus difficiles à faire avancer ou challenger, faute de gens pour s’y pencher, ce qui peut créer une stagnation. Il existe bien quelques rares situations légitimes où la connaissance ne peut être facilement accessible, en l’occurrence, tout ce qui touche à des technologies sensibles (nucléaire, défense, spatial, cryptographie…) ou encore à la vie privée des personnes (secret médical, données numériques personnelles…). Et encore, il s’agit de situations dans lesquelles il y a relativement peu de risques que les connaissances en question disparaissent d’un claquement de doigt en raison des moyens investis. Car il s’agit bien du cœur du problème avec l’appropriation : le risque que des connaissances disparaissent est d’autant plus élevé que les accès possibles sont faibles. Au cours de l’Histoire, les raisons qui poussent un pays à cacher des connaissances ont souvent été considérées comme discutables : empêcher les plus démunis de connaître certains faits de société afin d’éviter la révolte, museler l’opposition politique, ou encore promouvoir une religion ou une pseudo-science officielle. Par exemple, on peut penser à la situation des noirs vivant dans le Sud des Etats Unis (avant les années 1960s) ou en Afrique du Sud (avant les années 1990s), qui n’avaient pas le droit d’accéder à de nombreuses bibliothèques et musées, alors réservés à une élite dite « caucasienne ». Aussi le niveau d’éducation était beaucoup plus faible au sein d’une partie de la population américaine et sud-africaine tandis que la communauté scientifique de ces pays se privaient d’une importante ressource humaine.

La seconde méthode est celle de la censure. Celle-ci est un cran plus dangereuse que la première, car dans le cas d’une appropriation sélective par une élite, la connaissance existe toujours et peut théoriquement toujours de nouveau être diffusée, moyennant un bouleversement social majeur. Mais avec la censure, c’est au contraire le spectre de la perte irréversible de la connaissance qui se profile. Censurer, ce n’est pas seulement empêcher la moindre contradiction, le moindre débat, la moindre argumentation. Censurer, c’est aussi détruire des connaissances existantes. Dans le meilleur des cas, quand un ouvrage est censuré, l’original est encore stocké au fin fond d’une archive interdite d’accès au public (ce qui nous ramène à la 1ère méthode), dans le pire des cas, elle n’est plus disponible que sous sa forme altérée, sans possibilité de reconstituer l’ouvrage d’origine. A titre d’exemple, on a des preuves archéologiques que les pharaons égyptiens ordonnaient parfois la destruction de certaines gravures dans les bas-reliefs relatant les exploits de leurs prédécesseurs -qui étaient aussi leurs rivaux- pour la remplacer par leur propre propagande. Que l’œuvre concernée soit artistique, scientifique ou autre, la censure peut provoquer une perte irréversible d’information pour les générations futures, et même quand l’œuvre originale existe encore, elle peut ne plus qu’exister à travers un petit nombre de copies, ce qui diminue sensiblement sa longévité potentielle.

La troisième méthode, encore plus violente que la seconde, c’est la suppression pure et simple. Il ne s’agit plus de rendre une information inaccessible ou partielle, mais de la détruire entièrement, avec tout ce qu’elle pouvait comporter de précieux et d’unique. Il s’agit notamment des autodafés, les incendies volontaires à grande échelle de textes par un pouvoir en place, dans le but de « préserver » une population, d’idées perçues comme dangereuses. On peut penser aux conquistadores espagnols au 16e siècle, qui ont ordonné la destruction de tous les écrits méso-américains (mayas, aztèques…) pour que la Bible devienne d’autant plus incontournable chez les amérindiens, devenus sujets de la couronne espagnole et convertis au catholicisme. Résultat : nous n’avons aujourd’hui pu conserver qu’une dizaine de codex aztèques, ce qui ne nous donne qu’un aperçu très limité de l’étendue des idées, du fonctionnement et du savoir-faire de cette civilisation. On peut naturellement penser aussi aux régimes fascistes du XXe siècles, qui ordonnaient que l’on brûle les livres dès qu’ils étaient écrit par des juifs, des pacifistes ou des socialistes (mêmes non avérés). Bien sûr des « autodafés » peuvent aussi concerner d’autres supports, y compris numériques.

Les motivations derrières ces attaques envers la connaissance sont très variées. Bien entendu la raison la plus répandue est souvent un conflit entre les découvertes scientifiques nouvelles d’un côté et l’idéologie dominante de l’autre : mise à l’index des œuvres de Galilée par l’Eglise (héliocentrisme contre géocentrisme), interdiction de la sélection naturelle par l’Union Soviétique durant la période stalinienne (sciences « bourgeoises » contre sciences « prolétariennes »), rejet de l’idée du réchauffement climatique (climatologie contre climato-scepticisme), restriction de la sociologie dans les régimes autoritaires etc. A cela s’ajoute aussi d’autres motivations tels que les restrictions budgétaires, la dépendance à l’espionnage industriel, ou encore l’indifférence, voire le mépris des pouvoirs publics à l’égard de certaines sciences. Sans compter les cas où la suppression de notre patrimoine n’est même pas vraiment volontaire, mais résulte simplement des destructions collatérales engendrées par une guerre entre plusieurs belligérants (bombardements, pillages, incendies…).

Les dérives autoritaires sont plus probables que jamais

Jusqu’à récemment, la civilisation occidentale vivait une relative période d’accalmie depuis la fin de la seconde guerre mondiale : l’ensemble des pays occidentaux étaient des démocraties, il y a eu peu de guerres en 80 ans, les révolutions armées étaient rarissimes, et les formations politiques au pouvoir changeaient constamment au fil des années. Pour autant, il ne faut pas croire que les libertés individuelles, y compris celle de tout à chacun d’accéder à la connaissance et à la culture, sont garanties sous prétexte que nos régimes démocratiques sont stables et observent relativement bien les droits de l’Homme. En effet, de nombreux facteurs peuvent contribuer à la montée de l’autoritarisme dans les démocraties mêmes stables, et ce à plus ou moins court terme : multiplication des crises économiques, polarisation de la vie politique, repli sur soi et isolationnisme, nationalisme, démagogie, séparation de moins en moins nette des pouvoirs (c’est-à-dire exécutif, législatif, judiciaire, voire médiatique), monopoles des grands médias, hiérarchie verticale des partis politiques, bellicisme, diffusion de fausses informations ainsi que de théories pseudo-scientifiques (médecines alternatives, Terre plate, créationnisme, climato-scepticisme, théories du complot…) etc. Cette conjonction de facteur est tout à fait en mesure de mener à des dérives autoritaires, donc de transformer les régimes démocratiques en régimes autoritaires, et ce suffisamment vite pour que le pouvoir mette en danger la communauté scientifique ainsi que les connaissances établies, mais suffisamment lentement pour que le grand public ne perçoive pas le danger immédiatement et s’accommode même de la situation. Les exemples historiques de transitions de démocraties (ou de démocraties partielles) en régimes autoritaires  sont légions (Hongrie contemporaine, Russie post-soviétique, République de Weimar, 2e république française…), et ce genre de phénomènes pourraient se multiplier à l’avenir si l’on ne prend pas suffisamment de précaution maintenant (indépendance du conseil constitutionnel ou d’institutions équivalentes, protection des lanceurs d’alerte, multiplication des sources d’informations, éducation à l’esprit critique, devoir de mémoire, garanties d’élections libres, référendums plus réguliers et participation du peuple aux décisions politiques majeures…). La protection de nos connaissances de la censure ainsi que de la destruction à grande échelle, c’est là l’un des enjeux les plus importants de la protection de la démocratie, en plus de tout le reste (oppression, meurtre, corruption, obstruction à la culture, conformisme…). Et la mémoire épistémique est la meilleure garantie de la survie de nos connaissances en cas d’échec.

Bien sûr, nous avons évoqué le cas des démocraties occidentales, puisque cet ouvrage a été écrit dans l’une d’entre elles, mais de nombreux pays sur cette Terre sont déjà des régimes autoritaires, voire parfois même totalitaires (Corée du Nord, Chine) ou théocratiques (Iran, Arabie Saoudite), dans lesquels la censure est omniprésente et la Science ne progresse que dans les domaines dans lesquels les retombées pour les nations sont évidentes (physique nucléaire, informatique, chirurgie, IA, chimie…).. Par exemple, le gouvernement chinois pratique fortement la censure, si bien qu’aucune pensée alternative contredisant l’idéologie d’Etat officielle (socialisme de marché) n’est possible, ainsi que plus globalement l’image du pays et du gouvernement. Ainsi, lors de l’épidémie du coronavirus de 2020, le gouvernement chinois avait initialement décidé de faire taire des scientifiques qui commençaient à alerter sur un risque d’épidémie. La pratique de la sociologie et de la philosophie politique est évidemment compliquée puisque les conclusions de celles-ci peuvent parfois heurter les idées du régime chinois. Et les internautes chinois ne sont pas en mesure de chercher toutes les informations possibles et imaginables sur les évènements de Tiananmen en 1989 ou encore sur la situation des Ouïghours et des Tibétains au 21e siècle. De même, dans les théocraties comme l’Iran, même si ce n’est pas une idéologie officielle mais une religion qui domine la vie politique, le fonctionnement de la censure est le même, et on retrouve les mêmes difficultés pour les scientifiques et les philosophes de pouvoir réfléchir sur le monde en toute quiétude, sans heurter les préceptes coraniques perçus comme inaltérables (par exemple, des positions comme la sélection naturelle ou comme le caractère naturel et non-pathologique de l’homosexualité sont difficiles à défendre, face à des dogmes religieux considérés comme sacrés, donc impossible à remettre en cause par définition). Ainsi, l’autoritarisme peut entraver le développement des connaissances, surtout lorsqu’il s’accompagne d’un mode de pensée unique : agenda politique (extrémismes et fondamentalismes), textes sacrés (Bible, Védas, Coran …), idéologie officielle (communisme, nationalisme, capitalisme, fascisme …), ou même théories pseudo-scientifiques recevant l’aval de l’Etat. Dans ce dernier cas, on peut penser à l’Allemagne Nazie, dans laquelle l’Histoire, la génétique et la linguistique ont été détricotées de leurs éléments scientifiques pour être détournées afin d’alimenter et justifier des thèses nationalistes et révisionnistes des nazis : théorie des races humaines, supériorité des peuples germaniques, besoin d’espace vital etc.

A tout ceci, il faut aussi ajouter un autre risque politique majeur, qui est d’ailleurs corrélé avec celui de la dérive autoritaire : le conflit. L’autoritarisme, c’est une situation qui a l’inconvénient de mener à l’instabilité, interne et externe. Interne parce que dans les régimes autoritaires, il existe toujours un risque non négligeable de coup d’états et de révolutions violentes, notamment si le pouvoir en place est incompétent et ne parvient pas à obtenir les faveurs d’une élite (économique, militaire ou religieuse), indispensable à la stabilité du pays. Externe parce que les régimes autoritaires sont plus bellicistes que les régimes démocratiques et ont tendance à favoriser la priorité nationale, quitte à mettre en danger des traités internationaux et à s’approprier les ressources de leurs voisins. Le risque de guerre, interne ou externe, peut évidemment favoriser encore davantage la perte irréversible des connaissances, cette fois-ci par la destruction plus ou moins involontaire du patrimoine lors des campagnes militaires ou lors des pillages, en plus de provoquer la fuite ou la mort des intellectuels et de tous ceux qui pouvaient faire progresser la recherche. Les exemples de guerres ne manquent pas dans l’Histoire, avec pour conséquence la destruction d’un patrimoine qui aurait pu faire avancer des domaines comme l’archéologie ou l’ethnologie (Guerre du Vietnam, Guerre en Iraq, Guerre civile syrienne, guerre civile Chinoise…). Dans les cas extrêmes, des pays peuvent se mettre une balle dans le pied en provoquant un génocide, annihilant une bonne une partie de ses intellectuels (ce fut le cas lors du génocide cambodgien dans les années 1970s, expressément dirigé à l’époque contre les plus lettrés).

Du fait des multiples menaces que posent les dérives autoritaires pour les Sciences, on peut facilement arriver à la réalisation qu’il n’est pas nécessaire d’attendre la fin du monde pour que nos connaissances soient sérieusement menacées. Même si notre civilisation parvient à subsister encore quelques siècles malgré toutes sortes de risques existentiels, il n’est pas dit que nos descendants pourront continuer accéder à tous ce que nous savons aujourd’hui, si des pouvoirs politiques peu scrupuleux se mettent en place entre temps. Au cours des décennies des 2010s et 2020s, de nombreux lanceurs d’alerte constatent que les menaces de dérives autoritaires se multiplient dans les régimes démocratiques ou hydrides à travers le monde. En conséquence, on constate d’ores et déjà que la communauté scientifique est de plus en plus souvent attaquée dans les médias et sur les réseaux sociaux (tandis que les fake news s’y propagent), qu’il y a un désinvestissement massif dans certains champs prometteurs des sciences (médecine, climatologie, études de genre etc.) et que les dirigeants politiques ont de plus en plus les moyens « d’annuler » la recherche scientifique, parfois au profit de nouveaux dogmes (théories du complots, ultranationalismes, pseudo-thérapies…). A cela s’ajoute la perspective d’une 3ème Guerre Mondiale, qui n’a jamais été autant d’actualité qu’au XXIe siècle, avec la multiplication des conflits (Ukraine, Gaza, Yémen, Soudan…) et des tensions entre puissances rivales (Chine, Etats-Unis, Russie, Union Européenne, Inde, Pakistan, Israël, Iran etc.). La nécessité de créer des back-ups pour nos connaissances (et par extension, tout le patrimoine culturel de nos civilisations contemporaines) devient beaucoup plus pressante à mesure que le climat politique global se détériore. Il ne s’agit plus simplement de préserver notre patrimoine des catastrophes ponctuelles.

La sauvegarde des connaissances, c’est aussi la sauvegarde des erreurs du passé

Nos connaissances comme on l’a vu, peuvent être une source de pouvoir considérable, notamment lorsque celle-ci est exclusivement réservée aux plus puissants de ce monde, tout comme elles peuvent être perçues, à tort ou à raison, comme des grains de sables dans la mécanique si bien huilée du pouvoir. Certaines connaissances peuvent chatouiller l’ordre établi dès lors qu’elles portent sur le fonctionnement d’une économie, d’une société ou même de la nature. Il arrive fréquemment qu’une politique mise en œuvre a des effets indésirés ou négligés pour ceux qui l’ont mis en place, parfois même lorsqu’il y a eu mise en garde par des spécialistes bien formés. Il arrive aussi souvent que les connaissances entrent en contradiction avec certains narratifs défendus bête et ongle par le pouvoir en place, qu’il s’agisse de romans nationaux, de récits fondateurs, de mythes et de légendes. Pour peu que ces croyances soient sacrées ou officielles, elles sont difficiles à déboulonner de leur piédestal, et la communauté scientifique en a souvent fait les frais au cours du temps.

Mais les grandes erreurs de l’histoire humaine, ce ne sont pas que des errements épistémiques ou des conflits entre rationalité et idéologie. L’histoire regorge aussi de moments où l’humanité a commis les pires tragédies possibles, indépendamment des idéologies en place. Ces tragédies portent des formes variées : ce sont entre autres les guerres, les génocides, les extinctions d’espèces, l’emballement climatique, la torture, l’exploitation et l’esclavage. Ces évènements ont tendance à apparaître régulièrement un peu partout sur le globe, et s’ils sont souvent motivés par l’ignorance ou par l’idéologie, le cœur du problème ne tient pas tant au fait que ces évènements ont été commis au non d’une forme d’irrationalité, qu’au fait que les conséquences de ces évènements ont été traumatiques pour une bonne partie de l’humanité. Ces évènements sont tellement traumatiques que la connaissance de ses évènements est considérée comme cruciale, pour que le monde ne reproduise plus les mêmes tragédies en boucle. Cette importance accordée à la connaissance spécifique des grandes erreurs de l’histoire humaine, c’est que on appelle le devoir de mémoire. Ce devoir permet, s’il est bien respecté, d’anticiper une potentielle nouvelle atrocité, et ainsi l’empêcher d’arriver. Seulement, ces évènements n’arrangent souvent pas ceux qui en sont à l’origine, et constituent des tâches considérables dans les narratifs officiels : romans nationaux ponctués de meurtres de masse dans le pays concerné, croissance économique portée par l’exploitation des travailleurs et de l’environnement, massacres perpétrés au non d’une ou de plusieurs déités. Pour cette raison, ce devoir de mémoire est autant une nécessité qu’un danger : il existe bien des institutions qui veulent empêcher certaines connaissances majeures de se diffuser. L’Union Soviétique s’est donnée du mal pour cacher au monde l’existence des grandes famines des années 1930s (Holodomor), les multinationales s’appuient régulièrement sur des lobbies pour étouffer leurs exactions, tandis que les accusations de blasphème et le concept de guerre sainte permettent de contrer ceux qui dénonceraient les atrocités commises au nom d’une religion.

Certains pouvoirs ont donc tout intérêt à étouffer la mémoire de certains évènements historiques majeurs. D’ailleurs, le devoir de mémoire n’implique pas seulement la diffusion de la connaissance des évènements tragiques, mais aussi celle des théories explicatives qui permettent d’en identifier les causes profondes, qu’il s’agisse du modèle climatique pour prédire l’évolution du climat ou de la théorie de la banalité du mal pour modéliser la montée des totalitarismes. Le monde de la recherche en général peut donc être mise en danger également. Certaines connaissances sont donc précieuses pour le développement de l’humanité, et pas seulement parce qu’elles sont utiles ou parce qu’elles constituent un patrimoine en soi. Le corpus de connaissances scientifiques pris dans son ensemble, complété par la philosophie, sont probablement des remèdes indirects à certaines grandes atrocités commises par les civilisations, et leur oubli pourrait être avoir des conséquences funestes. La mémoire épistémique est donc aussi un moyen d’aider l’humanité à aller de l’avant.

Un effondrement de la civilisation signerait la fin de notre science

Nous nous sommes d’abord attardés sur les risques naturels (catastrophes, passage du temps…) qui pèsent sur le corpus de connaissances établies, avant d’insister sur les risques politiques (censure, restriction d’accès, mise à l’index, guerres…) pouvant aboutir au même résultat. Toutefois, il existe une catégorie de risques un peu à part qui méritent également notre attention : les risques industriels, c’est-à-dire les risques qui pèsent sur l’intégrité de nos civilisations industrielles contemporaines. Ces risques-là ont non seulement le potentiel de mener à la fin de la civilisation industrielle, mais aussi, par ricochet, à la destruction globale du patrimoine intellectuel accumulé jusqu’ici. Certes, il n’est nul besoin que la civilisation disparaisse totalement pour que notre patrimoine soit en danger, nous avons bien identifiés que les risques naturels et politiques sont à eux seuls déjà suffisamment préoccupants pour justifier la nécessité d’une mémoire épistémique. Sauf que d’une part, ces risques naturels et politiques se multiplient depuis quelques décennies, en raison de multiples facteurs qui ont une influence sur le déclin de nos civilisations (réchauffement climatique, raréfaction des ressources, emballement technologique, crise démographique, course aux armes de destruction massive…). Et surtout, d’autre part, la chute de la société moderne n’est pas un risque à prendre à la légère, dans la mesure où nombreuses civilisations ont déjà disparu brutalement par le passé.

Les savoirs des grecs anciens ont déjà été détruit en grande partie avec les conquêtes romaines puis la christianisation de l’Empire romain. Il ne nous reste que peu d’exemplaires de textes mésoaméricains suite aux conquêtes espagnoles. Mais nous aurions pu aussi évoquer la civilisation de l’Indus, la société de l’île de Pâques, les Nazcas, le Grand Zimbabwe, la Mésopotamie, l’Egypte ancienne etc. Sans compter les nombreux peuples qui n’ont techniquement pas disparus, mais ont connu des périodes de transition brutales accompagnées d’une désurbanisation massive (Birmanie, Cambodge, pays Maya…) et d’une perte d’activité intellectuelle dans les cités. Durant ces phases de déclin, la connaissance acquise par ces civilisations s’efface avec le temps, faute d’entretien des archives et faute de main d’œuvre qualifiée, celle qui s’occupait de faire vivre le savoir auparavant. Seuls restent alors quelques supports triés sur le volet qui ont été copiés des milliers de fois au fil des générations (on pense aux moines copistes qui ont su conserver une partie de la littérature antique) ou les supports résistants (bas-reliefs, stèles, épitaphes…), véritables capsules temporelles de ces civilisations mortes.

Les circonstances de déclin sont souvent mal connues et/ou complexes, ce qui devrait nous rappeler que la disparition de notre propre société moderne est absolument imprévisible. Il n’est pas nécessaire de détailler tous les scénarios envisageables d’effondrement, mais nous pouvons nous attarder un peu sur ceux qui sont spécifiques à notre société contemporaine. Celle-ci est en effet une civilisation industrielle, une caractéristique inédite dans l’Histoire, ce qui implique des risques tout autant inédits. Alors que les aléas naturels (sécheresses, séismes, éruptions volcaniques…) et géopolitiques (conquêtes, nettoyages ethniques, colonisation, pillages…) étaient jusqu’ici les principaux moteurs d’allée et venues des civilisations, notre civilisation est en train d’affronter de nouveaux défis du fait de la multiplication des industries, d’une urbanisation massive et de technologies toujours plus puissantes (intelligence artificielle, transport aérien, machines agricoles…), avec tous ce que cela implique de consommation d’énergie et de matériaux, d’émission de particules, d’artificialisation des sols ou encore de radioactivité. Dans la mesure où ces risques sont récents, il est difficile de quantifier avec un haut degré de précision quand est-ce que notre civilisation prendra fin. Et si notre civilisation survit malgré tout aux challenges auxquels elle fait face, il n’est pas non plus possible de prédire quels seront les pots cassés de cette survie. La création d’un backup pour nos connaissances est donc d’autant plus pressante.

Bien entendu, l’effondrement de notre société contemporaine aurait des conséquences désastreuses sur l’être humain en tant qu’espèce. Sans parler d’une éventuelle extinction, les morts et la souffrance qui en résulteraient seraient incalculables. Mais les conséquences épistémiques et culturelles sont également très inquiétantes : la plupart de nos connaissances sont stockées dans des supports d’information qui ne peuvent être lus sans outils spécifiques (films, mémoire informatique, disques…) et qui ont une durée de vie limitée si les conditions de préservation ne sont plus réunies (température, taux d’humidité, isolement de l’extérieur, moyens anti-incendie…). En cas d’effondrement industriel, il est évident que les effets directs et indirects de cet effondrement vont détruire une grande partie de notre patrimoine, si rien n’est fait pour s’en prémunir. Cela signifie aussi que pour les générations futures, il faudra tout recommencer, tout réapprendre, tout redécouvrir. Pire, nous avons établi beaucoup plus tôt que la perte de certaines connaissances serait irréversible, notamment celles qui sont liées à des preuves archéologiques, à des formes de vie éteintes ou à des œuvres non-reproductibles. Les connaissances des générations futures, particulièrement celles portant sur l’Histoire de la Terre et de l’Homme, pourraient ainsi être beaucoup plus limitées. Si on ajoute à cela que notre civilisation aura déjà exploité une grande partie des ressources énergétiques et minérales les plus accessibles, la naissance d’une potentielle deuxième civilisation industrielle après la nôtre, serait d’autant plus improbable, et il serait alors plus difficile pour nos descendants d’atteindre à nouveau le niveau de développement technologique nécessaire pour certaines découvertes scientifiques (sondes spatiales, simulations informatiques, collisionneurs de particules, radars…). Avec la perte d’archives importantes sur les espèces disparues, sur les civilisations passées, sur les observations célestes précédentes, sur les mesures climatiques et météorologiques, sur les langues et les coutumes répertoriées sur Terre, les générations futures auront plus de mal à redécouvrir certains savoirs aux implications profondes, à réaccomplir de grandes prouesses médicales et à sortir définitivement de l’âge des superstitions et de l’obscurantisme. Il serait dommage que nous soyons les seuls à bénéficier des connaissances que nous aurions pu créer, alors que nous ne sommes qu’une toute petite portion de l’humanité, vivant au sein d’une période de prospérité très spéciale et très restreinte.

Les facteurs d’effondrement sont variés

S’il est difficile de prévoir dans quelles circonstances exactes notre civilisation pourrait disparaître, nous sommes tout de même en mesure d’identifier certaines menaces qui pèsent sur celle-ci. Ces menaces, qui résultent pour la plupart de l’industrialisation, sont les suivantes :

Premièrement, la surexploitation des ressources : le productivisme est le moteur principal de la civilisation industrielle à l’heure actuelle. Plus une société est industrialisée, plus elle consomme de ressources, quel que soit leur nature. Ces ressources sont aussi de plus en plus variées : il ne s’agit pas seulement des ressources vitales pour l’être humain (l’eau et la nourriture), mais aussi des ressources énergétiques (pétrole, gaz, charbon, uranium…) et des matières premières (métaux, sel, sable, craie, pierre de construction…), dont la place s’est considérablement accrue ces trois derniers siècles, bien qu’ils ne s’agissent pas dans l’absolu de ressources nécessaires à la survie individuelle. Le problème, c’est que la plupart des ressources que nous consommons aujourd’hui sont fossiles, donc qu’elles n’existent qu’en quantité -exploitable- limitée sur Terre, alors que notre consommation continue de croître, en raison du développement économique des pays émergents d’un côté, et du paradigme de la croissance économique dans les pays déjà développés de l’autre. Tout ceci étant combiné avec le développement des marchés intérieurs, la publicité et, plus simplement, au modèle économique actuel, qui est davantage fondé sur l’accumulation continue de richesses plutôt que sur la production du strict nécessaire. Aussi, la possibilité que nous soyons à court de ressources exploitables devient de plus en plus sérieuse, d’autant plus que les alternatives ne sont pas toujours possibles selon la situation : si les énergies renouvelables pourraient à terme remplacer les énergies fossiles (moyennant tout de même un investissement financier très en amont des pics de production énergétiques), il n’existe pas toujours d’alternatives pour les ressources métallurgiques par exemple (Comment produire du béton sans sable ? Comment réaliser des conducteurs électriques sans métaux ? Comment produire de la chaleur sans charbon et sans bois ? etc.). Parfois, mêmes les ressources renouvelables sont menacées, si la production est trop élevée par rapport au rythme de renouvellement de ces ressources : c’est le cas par exemple des forêts ou encore des ressources halieutiques, théoriquement renouvelables, en pratique menacées aussi. A cela, il faut ajouter que la répartition inégale des ressources sur la planète pourrait être une source de nouveaux conflits (barrages hydrauliques au niveau des sources des fleuves, pays pétroliers suscitant les convoitises, déforestation menaçant des sociétés indigènes…). Notre civilisation pourrait très bien être la première et la dernière à n’avoir jamais pu atteindre un si haut niveau de technologie grâce à des ressources bon marché mais rares.

Deuxièmement, l’autre risque existentiel majeur de notre société industrielle, c’est bien entendu le réchauffement climatique. Depuis plusieurs décennies, la communauté scientifique ne peut que constater que les températures moyennes augmentent à travers le monde, du fait de l’accumulation de gaz à effet de serre (CO2 et méthane notamment). Les sources de ces derniers sont très nombreuses (industrie lourde, production d’électricité, transport, matériaux de construction, déforestation, élevages intensifs…) et l’ampleur du réchauffement en cours va dépendre considérablement des réponses pour tenter de contrer (ou non) les émissions de gaz à effet de serre : efficacité énergétique, modes de vie frugaux, innovations technologiques, souveraineté économique, décroissance etc. Cette ampleur va dépendre également de certaines rétroactions naturelles (notamment la fonte du permafrost en Arctique), qui peuvent rajouter du gaz supplémentaire dans l’atmosphère. Toujours est-il que pour le moment, la température moyenne globale a augmenté de +1,5°C en seulement 150 ans, un rythme jamais dans l’histoire climatique de la planète, et on s’attend à un réchauffement de l’ordre de +4° C si rien n’est fait d’ici seulement un siècle. Aussi, au vu de la lenteur de la réaction des Etats, du grand public ainsi que des multinationales, la communauté scientifique s’inquiète tout naturellement des nombreuses conséquences du réchauffement climatique qui nous attendent à l’avenir. L’augmentation de la température moyenne mondiale aura notamment pour effet l’augmentation de la fréquence des sécheresses voire la désertification (donc, indirectement, une baisse de la production agricole, et donc de plus en plus de famines), l’augmentation du nombre ou de l’intensité des catastrophes naturelles (donc, des coûts de réparation de plus en plus élevés pour tous les pays), l’élévation du niveau des mers (donc, des surfaces habitables plus réduites, des inondations récurrentes, des nouvelles infrastructures côtières très coûteuses à mettre en place), ou encore le déclin accéléré de la biodiversité (avec tous les effets imprévisibles que cela pourrait avoir sur notre agriculture ou sur la propagation d’épidémies, au-delà des considérations purement éthiques et épistémiques). La conjugaison de tous ces phénomènes aura pour conséquence indirecte des déplacements humains massifs (réfugiés climatiques), de l’instabilité chronique (les émeutes de la faim en sont une prémisse), de la récession économique (les infrastructures seront toujours plus couteuses), une vie plus chère (certaines ressources seront plus rares), du déclin démographique (plus de famines et plus d’épidémies) ainsi que des conflits inédits pour le contrôle des terres habitables subsistantes. Dans certaines régions, l’apparition des vagues de « chaleur humide », pourraient même rendre celles-ci inhospitalières pour l’être humain. Le réchauffement climatique est donc une menace existentielle pour notre civilisation industrielle, en plus d’avoir le potentiel de mener à l’extinction de nombreuses espèces et de nombreuses cultures.

Troisièmement, l’essor des hautes technologies peut être simultanément vu comme un miracle ou un maléfice en fonction de la façon dont celle-ci est utilisée. Nous ne voulons pas faire le procès de l’innovation en général, et encore moins de la science (d’autant que les sciences appliquées ne sont pas représentatives de la Science en général), mais il est clair que certains développements technologiques sont des sources d’inquiétude considérables. Citons, à titre non exhaustif, l’arme nucléaire (avec le risque associé de guerre nucléaire et l’hiver nucléaire qui en résulterait), l’intelligence artificielle (de par l’imprévisibilité d’une telle intelligence, même non consciente, et la potentielle panne informatique mondiale qu’elle provoquerait), la pollution (des doses trop grandes et trop concentrées de certains produits chimiques -pesticides, engrais, cosmétique…-, peuvent avoir des effets sur la santé humaine, sur la fertilité ou encore sur la couche d’ozone), la bactériologie (avec le risque associé d’une grande pandémie particulièrement destructrice si un virus crée par l’homme -ou par l’IA- s’échappe de laboratoire) et bien d’autres menaces qu’on ne peut citer ici. En se complexifiant autant à cause des innovations technologiques, l’évolution de la société industrielle est devenue beaucoup plus difficile à anticiper et il est de plus en plus probable que la technologie se retourne contre nous si nous ne la régulons pas rapidement. Quelque soit le ou les phénomènes qui pourraient déclencher la chute de la civilisation, il est clair que cela s’accompagnera de très nombreux effets collatéraux (guerres, dérives autoritaires, catastrophes naturelles…) qui auront à eux-seuls la capacité de réduire à néant le chef d’œuvre absolu de notre civilisation : notre corpus de connaissance.

BIBLIOGRAPHIE :

Sur la catastrophe d’Arno en 1966 :

Inondations de 1966 de Florence — Wikipédia (FR) / 1966 flood of the Arno – Wikipedia (EN)

Sur la perte des savoirs des Anciens :

Pertes de livres pendant l’Antiquité tardive — Wikipédia (FR) / Loss of books in late antiquity – Wikipedia (EN)

Sur le procès de Galilée :

Procès de Galilée — Wikipédia (FR) / Galileo affair – Wikipedia (EN)

Sur le bâillonnement des sciences durant la période Soviétique :

Répression de la recherche scientifique en Union soviétique — Wikipédia (FR) / Repression of science in the Soviet Union – Wikipedia (EN)

Sur le climato-scepticisme :

Déni du changement climatique — Wikipédia (FR) / Climate change denial – Wikipedia (EN)

Sur les codex aztèques ayant survécus jusqu’à nos jours :

Codex aztèque — Wikipédia (FR) / Aztec codex – Wikipedia (EN)

Sur les dérives autoritaires et le déclin des démocraties dans le monde :

Le grand recul démocratique: principaux enseignements du rapport V-Dem édition 2025 (FR) / The world has recently become less democratic – Our World in Data (EN) / The Global State of Democracy 2025: Democracy on the Move | International IDEA (EN)

Sur l’état des sciences sous le régime Nazi :

Science sous le Troisième Reich — Wikipédia (FR) / Science and technology in Nazi Germany – Wikipedia (EN)

Sur l’effondrement des civilisations :

Déclin de civilisation — Wikipédia (FR) / Societal collapse – Wikipedia (EN)

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