Pergame
2067, c’est l’heure du décollage. Sur la base de lancement de Kourou, en Guyane Française, un lanceur spatial dernier cri s’élève dans le ciel, sous les yeux de milliers de spectateurs venus pour l’occasion. A son bord, une sonde inhabituelle, la première de l’Histoire délibérément conçue pour explorer et analyser le milieu interstellaire, au-delà de l’Héliopause, la première frontière du système solaire. La conception de cette sonde n’est pas révolutionnaire en soi, et sa vitesse n’est pas beaucoup plus rapide que celles du programme Pioneer ou du programme Voyager, un siècle plus tôt. Néanmoins, ce nouveau bijou spatial est le premier d’une longue lignée de vaisseaux conçus spécifiquement pour l’étude des objets transneptuniens, des comètes, planétoïdes et autres poussières flottant dans l’immensité du Nuage d’Oort. C’est l’inauguration du programme Andromeda. Une autre particularité notable de la sonde Andromeda I, c’est sa charge utile : en plus des instruments scientifiques présents à bord, on retrouve également une magnifique capsule scellée, contenant une gigantesque mémoire de masse, la plus ambitieuse jamais rassemblée par l’humanité. Cette mémoire a été constituée à l’initiative de la communauté scientifique mondiale, qui souhaitait mettre en œuvre une bibliothèque universelle dont la durée de vie de serait pas limitée par les conditions terrestres, c’est le programme Pergamon. En employant les dernières technologies de stockage moléculaire, une immense collection de plusieurs milliards de d’items différents a été rassemblée dans la capsule d’Andromeda I. Ces items comprennent aussi bien des collections de bibliothèques entières que des archives audiovisuelles, des maquettes 3D, des fichiers sonores, ou encore des scans 3D du contenu de nombreux musées et sites archéologiques à travers le monde entier. Cette capsule à peine volumineuse contient ainsi la majorité de ce qui constitue les bibliothèques, les musées et les archives du monde entier, faisant ainsi du programme Pergamon le plus ambitieux programme de centralisation des connaissances de l’Histoire, après la Bibliothèque Universelle de l’UNESCO et la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie antique. Additionnellement à tous ceci, des disques optiques 5D sont également adossé à la sonde. Ceux-ci ont certes une contenance beaucoup plus limitée, mais ils sont tout de même capables de mémoriser le contenu de plusieurs milliers de dictionnaires, d’encyclopédies, ainsi que des bases de données sémantiques conçues par Intelligence Artificielle. Ces disques 5D avaient déjà été employés par le passé sur d’autres missions d’exploration spatiale, et avaient à l’époque surtout pour objectif de laisser un échantillon du savoir de l’humanité dans l’espace lointain. Les disques de la sonde Andromeda I, remplissent également cet objectif, mais du fait du volume d’information élevé contenu dans les autres compartiments de la sonde, ces disques ont un objectif complémentaire : celui d’aider quiconque voulant déchiffrer le contenu de la sonde à « naviguer » à travers les connaissances humaines. En réalité, le programme Pergame n’a pas vraiment été conçu pour qu’un destinataire particulier puisse lire les disques, ou la mémoire moléculaire d’Andromeda I, les disques 5D constituent surtout une précaution au cas où « quelqu’un » arriverait à récupérer la sonde. Il s’agit surtout d’un prétexte pour synthétiser l’ensemble des connaissances et des spéculations humaines sur l’Univers ainsi que sur l’Humanité elle-même, à travers les millions de mots et d’articles présents dans ces disques. Il ne s’agit pas d’un échantillon de notre savoir, mais plutôt d’une ultime encyclopédie humaine, un témoignage ultime de notre civilisation à travers l’espace-temps, un répertoire des observations du Cosmos par le meilleur observateur produit par le Cosmos, l’Humanité. Ce répertoire devrait si tout se passe bien, survivre pour des milliers de milliards d’années, et c’est seulement lorsque les dernières étoiles de l’Univers s’éteindront, que le fabuleux artefact daignera disparaître à son tour. Les derniers mots de l’humanité à travers l’espace-temps seront le Cosmos lui-même…
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