Les arches de connaissance – BONUS

Laboratoire d’Eldorado

C’est en 2033 qu’a été fondé le centre de recherche de Glenorchy en Nouvelle Zélande. Il s’agissait à l’origine d’un petit laboratoire comportant une trentaine de chercheurs, majoritairement biologistes, venus étudier la faune et la flore locale. Mais ce laboratoire a fini par se faire connaître pour certaines de ces particularités insolites. En effet, il s’agit d’un centre de recherche très isolé, puisqu’aucune route ni aucun trajet en avion ne permet d’y accéder. Par ailleurs, le centre se dote assez vite d’une archive assez complète de publications scientifiques, notamment dans le domaine biologique, qui n’est que rarement égalée dans le reste du monde. Mais surtout, du fait de l’isolement géographique volontaire, la communauté de chercheurs et d’apprenti chercheurs qui vivent surplace accorde une place importante aux travaux manuels et à l’autonomie. Les chercheurs cultivent eux-mêmes une partie de leur propre nourriture, cumulent des talents des menuiserie, de plomberie, de mécanique, et parfois même d’électriciens. Le journal du laboratoire, qui est publié tous les mois et qui est accessible gratuitement en ligne, est lui-même assez insolite, puisque les articles de vulgarisation scientifique s’y mêlent avec les conseils de vie pratiques et des réflexions sur l’existence. Très vite, le site est surnommé « Laboratoire d’Eldorado », puisque de même qu’Eldorado est -selon la légende- la dernière cité construite par les Incas pour échapper à leur destruction, le centre de Glenorchy s’apparente à une sorte de campus de la fin du monde, un dernier refuge pour des activités intellectuelles soutenus. Le campus finira par tripler de volume en dix ans et par abriter une cohorte d’étudiants-chercheurs ainsi que des scientifiques non-biologistes, venus entre autres pour étudier les caractéristiques d’une petite société de chercheurs quasi-autonomes, ce qui pourrait notamment s’avérer utile pour la colonisation spatiale. D’autant qu’à la différence d’autres endroits de ce type (en Antarctique notamment), il y a des ressources disponibles surplace et le laboratoire d’Eldorado ne dépend pas exclusivement des hautes technologies pour se maintenir. Elle ressemble davantage à une vraie colonie de scientifiques, dans laquelle tous les âges sont représentés et dans laquelle des couples et des familles peuvent se former. Le journal d’Eldorado connaît également une certaine notoriété, si bien que les compilations d’articles constituent pour certain une véritable « bible scientifique » dans laquelle les connaissances les plus essentielles ainsi que les réflexions philosophiques et les conseils de vie les plus utiles sont synthétisés avec un niveau de détail considéré comme « parfait » : suffisamment concis pour ne pas perdre le lecteur, suffisamment précis pour ne pas trahir les rigueurs scientifiques. Avec le temps, les étudiants du campus ont fini par développer une nouvelle tradition, celle d’apprendre par cœur le contenu de ces journaux, en cas de destruction de toutes les archives de ces journaux. Si on ajoute à cela les nombreuses activités importantes du cursus étudiant, mais inhabituelles dans la plupart des autres centres de recherche du monde (calligraphie, permaculture, menuiserie, fabrication de papier, survivalisme etc.), il n’est pas étonnant que le laboratoire d’Eldorado soit devenu si rapidement un lieu attractif et intriguant pour le reste du monde.

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